Chute du mur de Berlin : le journaliste Claude Vautrin se souvient

En novembre 1989, le journaliste Claude Vautrin a vécu la chute du mur de Berlin et a couvert les évènements pour le quotidien vosgien La Liberté de l’Est. 30 ans après, il s’en souvient encore comme si c’était hier et nous raconte.

Des milliers d’Allemands de l’Oust et de l’Est se retrouvent après près de 30 ans de séparation. Photo d’archive/Claude VAUTRIN

Durant près de 20 ans, le journaliste Claude Vautrin a écrit dans les colonnes de La Liberté de l’Est. En novembre 1989, il est invité à suivre un voyage à Berlin-Est organisé par le Parti socialiste : « J’ai eu un coup de fil de l’avocat Gérard Welzer, qui était directeur de cabinet de Pierre Mauroy, alors Premier secrétaire du PS. Le PS avait décidé d’envoyer une délégation pour rencontrer des partis d’opposition démocratiques à Berlin-Est et d’apporter le soutien aux Berlinois. J’ai sauté sur l’occasion. Ils ont affrété un avion, qui s’est arrêté à Mirecourt pour me prendre Gérard Welzer et moi », raconte le journaliste.

La fin d’une époque

« En partant, j’avais conscience que j’allais vivre quelque chose d’extraordinaire : la fin de toute une époque. Depuis quelques jours, il y avait des manifestations dans quelques villes d’Allemagne de l’Est ». Dans les pages de La Liberté de l’Est, titre ô combien de circonstance et qui faisait sourire nombre de ses interlocuteurs sur place, il rapporte les paroles d’un Berlinois : « C’était à la fois le carnaval, Noël et la nuit de la Saint-Sylvestre, le tout à la puissance dix. » C’est dire la folie qui régnait dans ce qui n’était pas encore la capitale de l’Allemagne réunifiée. « J’ai vu un Berlinois de l’Est devenir fou. Il a pété les plombs, il criait. Il était à la fois bien et mal. »

Seulement une heure de sommeil

« On veut être partout. On court de la porte de Brandebourg jusqu’au bout de la ville. On essaye de faire le maximum de rencontres et de photos » Au point de ne presque pas dormir, l’euphorie du moment maintenant éveillé. « En trois jours, j’ai dormi seulement une heure », se souvient le grand reporter. « On se tenait informé par la radio ou les rumeurs. Il y avait aussi les mouvements de foule. »

Ce qui l’a le plus marqué ? « Les rencontres surtout, et le mouvement de foule extraordinaire, d’un côté comme de l’autre : les Berlinois de l’Ouest qui brisaient ce mur et les Berlinois et les Allemands de l’Est qui arrivaient par vagues, en Lada, en Trabant. Il y avait une sorte de fraternité et beaucoup d’émotion. »

En l’espace d’un week-end, près d’un million d’Allemands de l’Est ont franchi le mur pour se rendre de l’autre côté : « Mais je n’ai pas envie de vivre à l’Ouest », explique au journaliste un jeune homme venu acheter des livres et des journaux avec l’argent reçu de la Caisse d’épargne ouest-allemande.

« Le mur des exaltations »

À son retour à la rédaction de La Liberté de l’Est, Claude Vautrin rapporte les évènements du week-end dans le journal du 13 novembre qui titrait ce jour-là : « Le mur des exaltations ». « Je garde le souvenir d’un grand moment de fraternité », explique le journaliste qui a pris goût à ces moments d’Histoire. Si depuis 1989, le journaliste n’est pas retourné à Berlin, pas manque d’occasion, il a beaucoup voyagé : en Corée du Nord l’année dernière ou au Liban le mois dernier pour couvrir les manifestations.

Émile KEMMEL
Publié dans Vosges Matin le 9 novembre 2019

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