Dur d’avoir 20 ans… et de passer les frontières

Depuis quelques mois, les difficultés financières ou psychologiques qu’éprouvent les étudiants résonnent dans les médias. À cela s’ajoutent les mesures aux frontières, rendant la période encore plus difficile pour ces jeunes européens, habitués à passer régulièrement d’un pays à l’autre.

Les conditions exigées par l’Allemagne pour passer la frontière ont mis un frein aux échanges transfrontaliers. Photo / Darius Krause on Pexels.com

Ding Ding ! À peine arrivé près de la frontière allemande, mon portable m’alerte d’un nouveau SMS. Expéditeur : Die Bundesregierung. Le message gouvernemental en allemand m’invite à respecter les règles de test et de quarantaine imposées par l’Allemagne depuis le début du mois de mars 2021, un an tout juste après le traumatisme de la fermeture des frontières. Aujourd’hui, les mesures sont plus souples, mais invitent tout de même à rester dans son pays. Un test négatif de moins de 48h est requis à tous voyageur qui souhaite se rendre en Allemagne. Une décision qui créée l’incompréhension, notamment chez les jeunes européens habitués à passer la frontière et qui se voient pénaliser plus qu’ils ne le sont déjà.

« Je me sens un peu exclus »

Pour Arnaud, tout juste diplômé d’un master spécialisé dans les questions européennes, l’entrée dans la vie active ne s’est pas exactement passée comme il l’avait prévu. Le Messin a rejoint une nouvelle équipe à Sarrebruck en février, mais à peine un mois après son arrivée, il se retrouve en incapacité à se rendre sur son lieu de travail : « Je n’ai pas de voiture et me déplace en train. Mais début mars, ils ont supprimé tous les trains qui permettaient de passer la frontière ». Il se retrouve désormais obligé de travailler depuis chez lui, alors que les autres sont toujours au bureau : « Je me sens un peu exclus », admet-il. Une situation d’autant plus injuste que ses collègues français qui se déplacent en voiture peuvent, eux, passer la frontière sans problème. Ce qui lui manque le plus ? « Les petites discussions à la machine à café qui rendent le travail plus agréable ».

Malgré cela, le jeune homme de 26 ans s’estime chanceux : « J’ai trouvé un emploi, j’ai la chance de ne pas vivre seul, mais en collocation. Je ne suis pas comme d’autres de ma génération pour qui c’est plus compliqué ». Pour le moment, sa vie sociale se résume à parler face à un écran : « Parfois j’enchaîne les visios de 10 heures le matin à 23 heures le soir », confie le jeune homme également engagé en politique. « J’évite au maximum les contacts physiques pour pouvoir continuer à voir mes parents », assure-t-il.

Du bon sens

Habitant à Stiring-Wendel, commune limitrophe de l’Allemagne, Rayane était également habitué à traverser régulièrement la frontière dans la vie d’avant : pour voir ses grands-parents, ses amis, ou simplement faire des courses. Depuis les nouvelles mesures, le jeune Franco-Allemand ne la traverse plus : « Ça m’embête de devoir faire un test toutes les 48 heures », explique-t-il. « Il vaudrait mieux réfléchir en termes de bassin de vie, parler de frontière n’a aucun sens », poursuit ce passionné de politique qui suit l’actualité dans les deux pays.

La fermeture des frontières est pour lui un véritable poids qui s’ajoute à un contexte déjà compliqué. L’étudiant en communication à Metz n’a pas mis les pieds en amphithéâtre depuis près d’un an : « Les profs nous envoient des PDF et on doit se débrouiller », déplore-t-il. Sa deuxième année de licence, il sait déjà qu’il devra la recommencer, alors qu’il avait pourtant bien réussie la première. Une année de perdue dont il craint les conséquences à l’avenir, notamment au moment de postuler dans un master ou la sélection est rude. Pour la réouverture des frontières, il se montre également pessimiste : « Je ne vois pas ce qui pourrait faire que l’Allemagne assouplisse ses mesures ».

Paris-Luxembourg

Du côté luxembourgeois, si les mesures sanitaires ne s’appliquent pas pour les frontaliers français, c’est passer la frontière dans l’autre sens qui peut s’avérer compliqué. C’est le cas par exemple pour Pierrick. Étudiant à Lille, il est un habitué du TGV Paris-Luxembourg qu’il prend lorsqu’il rend visite à sa famille à Longwy, commune meurthe-et-mosellane proche de la frontière luxembourgeoise. Pour l’aller, aucun souci : « le Luxembourg n’exige pas de test à l’entrée sur son territoire », explique-t-il. Pour le retour vers la capitale, c’est plus compliqué : « À l’arrivée à Paris, je dois présenter un test PCR négatif. La police vérifie la gare de départ sur les billets et ceux qui viennent du Luxembourg sont mis sur le côté pour contrôler qu’ils ont bien un test PCR valide », raconte-t-il. Désormais, il continuera de prendre le même train, mais en gare de Thionville cette fois, afin d’échapper aux contrôles à l’arrivée gare de l’Est.

Emile KEMMEL
Publié dans le n°63 de Extra Saar-Lor-Lux (avril 2021)

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