Entre cohésion et divergences : l’Europe face au Coronavirus

La crise du coronavirus qui a déferlé sur le continent a poussé l’Europe dans ses retranchements, à la fois sur le sujet des frontières ou encore sur celui de la santé. Mais quel rôle joue vraiment l’Union européenne dans la lutte contre le Coronavirus ?

Un piéton portant un masque devant le bâtiment qui abrite les bureaux de la Commission européenne, à Bruxelles, le 8 juin 2020. Photo : Geert Vanden Wijngaert/Bloomberg via Getty Images.
Un piéton portant un masque devant le bâtiment qui abrite les bureaux de la Commission européenne, à Bruxelles, le 8 juin 2020. Photo : Geert Vanden Wijngaert/Bloomberg via Getty Images.

Qui aurait pensé, au moment de se souhaiter la bonne année le 1er janvier, que la « grippe chinoise » qui n’occupait alors que quelques lignes dans les journaux, monopoliserait l’attention du monde entier quelques semaines plus tard ? Qui aurait pensé, avant de voir le nord de l’Italie se confiner, que cela nous arriverait à nous aussi quelques jours plus tard ? Qui aurait pensé, lors de la signature des accords de Schengen en 1985, que les frontières seraient à nouveau levées à cause d’un virus ? Personne.

Chacun fait ce qui lui plait

C’est justement parce que personne n’y avait pensé, que personne n’y était préparé. Chaque gouvernement s’est adapté, quasiment au jour-le-jour, tout en gardant un œil sur les expériences des pays voisins, l’autre sur les prévisions des scientifiques. Pas de mesure collective pour l’Union : 27 pays différents, 27 politiques différentes. Début avril, quand la France était déjà confinée depuis deux semaines, les Allemands profitaient tranquillement des premiers rayons de soleil du printemps dans les parcs et jardins. Il faut dire que le pays avait commencé à tester de manière intensive dès le début du mois de mars, permettant d’isoler rapidement les porteurs du virus, en particulier les porteurs sains, et ainsi limiter la propagation.

Les Pays-Bas ou la Suède, eux, ont fait le pari de l’immunité collective : isoler seulement les plus vulnérables et laisser le reste de la population se contaminer, en espérant qu’elle soit immunisée. Si les Pays-Bas sont vites revenus sur leurs pas en voyant leur taux de létalité augmenter en flèche, la Suède, elle, persiste toujours dans sa stratégie. Stockholm n’a toujours pas déclaré de confinement, aucun établissement scolaire ou de loisir n’a fermé et le port du masque n’est pas obligatoire, pas même dans les transports en commun. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Union libre ?

La député européenne Nathalie Colin-Oesterlé

L’absence de décision au niveau européen s’explique par un nombre de domaines d’actions restreint de l’Union européenne : « La santé est une compétence nationale. L’Union européenne est simplement là pour compléter et coordonner les actions des états membres », rappelle la députée européenne Nathalie Colin-Oesterlé, depuis Bruxelles, où le travail parlementaire se poursuit en petit comité et par visio-conférence. L’institution a par exemple mis en place une cartographie commune, disponible en ligne, regroupant les mesures prises dans chaque pays grâce à un code tricolore, permet d’évaluer d’un coup d’œil la situation dans chaque région. Les Etats membres se sont également accordés mi-octobre sur des critères communs de restrictions de voyage. Mais ces mesures, non-contraignantes, n’empêcheront pas pour autant les déplacements au sein de l’espace Schengen.

En mars dernier, la fermeture de la frontière entre la France et l’Allemagne avait créé une vive polémique, notamment auprès des 17 000 frontaliers mosellans travaillants en Sarre. Les cinq points de passages laissés ouverts le long de la frontière obligeaient certains travailleurs à faire des détours de plusieurs dizaines de kilomètres. Pour éviter que cela n’arrive à nouveau lors de la seconde vague, le député de Forbach Christophe Arend et le député sarrois Andreas Jung publiaient le 17 octobre une déclaration commune dans laquelle ils déclaraient : « La réponse à la crise doit être la mise en place de stratégies communes et non de restrictions aux frontières ! », tout en promettant de ne plus fermer les frontières entre les deux pays.

Tweet du député de la 6e circonscription de Moselle, Christophe Arend, le 17 octobre 2020

Les leçons de la crise

Alors que l’on célèbre cette année les 70 ans de la déclaration Schuman, la crise sanitaire a également été l’occasion de montrer une fois de plus la solidarité européenne chère au père fondateur de l’Europe : alors que les hôpitaux français atteignaient la saturation, près de 200 patients du Grand Est ont été transférés dans un impressionnant balai aérien, vers les hôpitaux du Luxembourg, d’Allemagne, de Suisse et même d’Autriche. « Cette coopération entre notre région Grand Est et nos pays voisins, je veux qu’elle serve d’exemple pour les coopérations futures en matière de santé », explique Nathalie Colin-Oesterlé, également élue municipale dans la majorité messine. 

Une autre leçon de la crise porte sur la pénurie de médicament. La députée européenne, qui siège en commission de santé publique, est justement l’auteure d’un rapport, remis en mai, qui porte sur les pénuries de médicaments qui touchent notamment les traitements anti-cancéreux. Au plus fort de la crise sanitaire, ce sont les médicaments utilisés en réanimation dont on craignait la pénurie : « Il est nécessaire de sécuriser la chaine d’approvisionnement des médicaments afin d’éviter le sur-stockage de médicaments par des États membres, alors qu’il existe une pénurie dans d’autres. La question de la relocalisation de la production de médicaments au sein de l’Union européenne doit également se poser », conclut-elle. Selon l’Agence européenne du médicament, 80% des principes actifs des médicaments disponibles dans l’UE sont produits hors d’Europe, notamment en Inde, en Chine et aux États-Unis.

Emile Kemmel
L’Europe face au Covid – Extra Saar-Lor-Lux (Novembre 2020)

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