Jean-Pierre Kalfon : « Je suis resté quelqu’un d’assez marginal »

Jeudi 5 mars, à 19 h, le comédien Jean-Pierre Kalfon sera à l’Aérogare Lothaire de Metz pour présenter le film « Les Idoles », sorti en 1968. À 81 ans, ce touche-à-tout montera ensuite sur scène pour un concert… toujours aussi punk.

Jean-Pierre Kalfon a tourné dans plus de 65 films, avec les plus grands réalisateurs français, dont Les Idoles qu’il présentera ce jeudi 5 mars à l’Aérogare Lothaire. Photo DR/Didier GOUPY

Vous serez à Metz le 5 mars. Vous étiez déjà venu ?

« Oui, il y a longtemps, en 1972. C’était avec le théâtre national de Strasbourg pour jouer Macbeth, de Shakespeare, avec Emmanuelle Riva qui jouait Lady Macbeth. J’ai un souvenir du public qui nous avait fait une belle fête. Mais en tournée, on passe de ville en ville, on dort à l’hôtel, on repart le lendemain et on n’a malheureusement pas le temps de visiter la ville. »

Le film « Les Idoles » va être projeté. Quel souvenir gardez-vous de ce film ?

« Oui, c’est un film qui est devenu culte avec le temps. Il est sorti en mai 1968, mais les gens avaient autre chose à faire que d’aller au cinéma. Alors le film n’a pas très bien marché, même si la pièce de théâtre avait eu un énorme succès. Mais j’en garde un souvenir merveilleux parce que c’est une équipe avec laquelle on avait des atomes crochus. Marc’O, le réalisateur, avait écrit les rôles spécialement pour nous. Il avait une écriture très graphique et nous faisait jouer différemment que la façon naturaliste de l’époque. Il nous faisait danser sur les mots. Et c’est aussi un film où le groupe de rock jouait en direct. »

Justement, vous allez jouer vous-même juste après la projection…

« Oui, j’ai toujours été très lié à la musique. J’ai trouvé un chemin plus personnel dans la musique. Je raconte des choses plus proches de moi puisque j’écris certaines chansons. Je compose aussi la musique des fois, je touche un peu à tout : je joue de la guitare, du piano, de la basse, un peu de batterie… mais très mal, donc je ne joue pas sur scène. J’ai des musiciens qui jouent beaucoup mieux que moi : deux guitaristes et un bassiste. »

Vous avez aussi amené le punk en France…

« Il paraît… Je suis le premier punk, dix ans avant les Anglais et les Américains. »

Et vous êtes encore punk aujourd’hui ?

« Dans le cœur, oui ! Mais j’ai évolué avec mes idoles : Otis Reding, Bob Dylan, Amy Winehouse, Aretha Franklin, Marvin Gaye… Tous ces gens-là m’ont chargé par leur électricité et m’ont donné envie d’avancer. »

En septembre dernier, la Cinémathèque vous a consacré une rétrospective. Est-ce que vous avez l’impression d’être devenu vous-même une idole ?

« Je ne me pose pas cette question. Je suis quelqu’un qui fait les choses et qui ne regarde pas tellement en arrière. J’avance. Je viens de faire un très beau tournage dans un court-métrage, je fais des concerts, je joue. Je ne crois pas être devenu une idole, et je crois que je suis toujours resté quelqu’un d’assez marginal et contestataire. Les idoles sont en général consensuelles. »

Mais vous avez quand même tourné avec les plus grands réalisateurs français.

« Oui, j’ai tourné avec beaucoup de gens intéressants : Truffaut, Granier-Deferre, Rivette, Chabrol, Henri Verneuil, Yves Boisset, Romain Gary… J’ai même tourné pour les productions Walt Disney. À chaque fois, c’était une rencontre avec un être humain. Et être choisi par ces gens qui sont des grands artistes, des génies, c’est déjà une énorme récompense. Mais il y a aussi le public qui vous révèle, qui aime mon travail. Et ça, c’est une grande chance, d’être reconnu, à la fois par les gens du métier qui vous emploient et par le public. Comme disait Barbara : « Ma plus belle histoire d’amour, c’est vous ». »

Propos recueillis par Emile KEMMEL
Interview publiée dans Le Républicain Lorrain le 2 mars 2020
Le Républicain Lorrain (édition de Metz-Orne) – 02/03/2020

Laisser un commentaire