Le harcèlement à l’école, c’est pas très classe !

Depuis 2015, l’Éducation nationale organise chaque premier jeudi du mois de novembre une journée « Non au harcèlement ». Dans ce cadre, la municipalité propose toute la semaine des ateliers de prévention auprès des élèves de ses écoles primaires.

600 élèves de CM1 et CM2 participent aux ateliers de la semaine de lutte contre le harcèlement scolaire organisée par la municipalité à l’espace Cours d’Épinal.  Photo VM /Émile KEMMEL

Depuis plusieurs années, la Ville d’Épinal observe une hausse des cas de harcèlement dans ses écoles et ses accueils périscolaires, ainsi que de rares cas dès l’école maternelle, sans pour autant pouvoir avancer de chiffres. À l’échelle nationale, environ un enfant sur dix souffrirait de harcèlement à l’école, selon les statistiques du ministère.

Pour la première fois, la Ville a décidé d’organiser une campagne de sensibilisation du 4 au 8 novembre.

Sensibiliser

Au programme de cette semaine, des activités sont organisées avec près de 600 élèves de CM1 et de CM2 des écoles primaires de la ville sur le temps des ATE (aménagement du temps de l’enfant), à l’espace Cours ou au théâtre municipal. En petits groupes, les enfants ont été sensibilisés au sujet du harcèlement à travers différentes activités : le visionnage d’un film de témoignages d’enfants ayant subi le harcèlement, puis une activité théâtre où ils ont rejoué des saynètes, la réalisation d’un fil d’expression et une fresque avec des dessins et des collages, ou encore un atelier avec le slameur Cosmos.

Le but est d’expliquer aux enfants ce qu’est le harcèlement afin de libérer la parole des victimes ou des témoins et de faire prendre conscience de certains comportements.

Depuis 2014, le harcèlement peut-être puni par le Code pénal par deux ans d’emprisonnement et jusqu’à 30 000 € d’amende.

Repérer

La première étape pour sortir du harcèlement, c’est de le repérer : « Le harcèlement inclut la notion de répétition, avec une augmentation de la gravité des faits », explique Sylvie Woltrager, conseillère du service social auprès du Recteur. « Un professeur qui demande chaque jour à un élève de rendre ses devoirs, ce n’est pas du harcèlement », plaisante-t-elle.

Le harcèlement s’appuie sur l’apparence physique ou une simple différence comme le fait d’être premier de la classe. Pour les parents, cela peut donc se repérer par une baisse des notes ou un changement du comportement (susceptibilité, manque de sommeil, trouble de l’alimentation, des blessures…).

Résoudre

Les expertes avertissent les parents dès le départ : « Ne surtout pas s’en mêler et aller parler aux harceleurs ou à leurs parents, au risque d’aggraver la situation » Pour donner des conseils, une ligne téléphonique (3020) a été mise en place par le ministère de l’Éducation nationale. Au bout du fil, des assistantes sociales accompagnent les parents et peuvent entrer en contact avec l’établissement pour résoudre le problème. Si besoin, un changement d’établissement peut être opéré ou une plainte peut être déposée auprès de la gendarmerie.

Emile KEMMEL

Le slam comme thérapie pour « faire exprimer les cœurs »

Durant toute la semaine contre le harcèlement, le slameur Cosmos, de son vrai nom Maxime Do Carmo, intervient face aux élèves. Le chanteur de 20 ans originaire d’Archettes a fait de la lutte contre le harcèlement sa cause principale. Et pour cause, celui qui est aujourd’hui étudiant à l’université a lui-même été victime de coups et d’insultes au collège, notamment à cause de sa double nationalité franco-portugaise. Les moqueries de la part de ses camarades l’ont amené à faire des crises d’angoisse aiguës, entraînant une hospitalisation.

La musique comme thérapie

Aujourd’hui Maxime s’est reconstruit grâce au slam. Auteur de ses textes, il exprime à sa façon ce qu’il a vécu et souhaite sensibiliser les plus jeunes. Il s’adresse principalement aux élèves qui vivent le harcèlement en les incitant à parler et à « faire exprimer les cœurs », comme il le chante dans le titre « N.A.H. ». L’artiste raconte aussi le soutien qu’il a reçu, notamment celui de Nora Fraisse, présidente de l’association « Marion, la main tendue », et mère de Marion qui s’est suicidée en 2013 à l’âge de 13 ans. L’histoire a beaucoup touché le chanteur, qui a décidé de lui consacrer une chanson, « 13 ». En mai dernier, le jeune homme a sorti son premier EP « Plus que des paroles » enregistré en studio à Remiremont.

Parler pour prévenir

Si le jeune homme avait un peu d’appréhension à l’idée de s’exprimer face aux enfants : « C’est différent que de monter sur scène » explique-t- il. Les enfants, eux, ont été plutôt attentifs au discours et ont apprécié l’intervention du slameur. Mission réussie !

E.K.
Publié dans Vosges Matin le 7 novembre 2019

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